Economie

Opération Colbert

Crises, causes, effets et solutions.

Tous les gouvernements prétendent que la mondialisation et la crise de 2008 sont à l’origine de tous nos malheurs et tentent de s’attaquer aux conséquences en ignorant les causes. Résultat ; croissance en baisse, déficit en hausse dette record et chômage de masse. L'échec est d'autant plus cuisant qu'il avait été prédit de longue date par de nombreux experts.

Avant d’essayer de trouver des solutions il convient de s’attaquer aux causes, en fait la cause initiale réside dans la perversion de l’économie.

La mondialisation existe depuis le XVème siècle et a toujours était un facteur de progrès pour l’humanité, aujourd’hui, il est préférable de parler de globalisation ce qui n’est pas exactement la même chose.

La crise de 2008 est la première crise centennale du XXIème siècle, c’est la réplique des crises majeures qui ont secoué l’humanité au XVII, XVIII; XIX et XXème siècle. Après une centaine de crises dont quatre centennales ; 1637, 1721, 1873, 1929, quatre révolutions ; anglaise (1688-1689), américaine (1775-1783), française (1789-1799) et russe (1917), deux guerres mondiales (1914-1918) et (1939-1945), c’est le même scénario qui se répète invariablement et procède du même mécanisme : engouement, spéculation, emballement, crise financière et finalement krach.

« Le capitalisme international, et cependant individualiste, (…) n'est pas une réussite. Il est dénué d'intelligence, de beauté, de justice, de vertu, et il ne tient pas ses promesses. En bref, il nous déplaît et nous commençons à le mépriser. Mais quand nous nous demandons par quoi le remplacer, nous sommes extrêmement perplexes. » John Maynard Keynes 1933.

J’ajouterai que « Le libéralisme est à la liberté ce que la prostitution est à l’amour ». CM 2008

Depuis le début du XVIIème siècle les crises financières provoquées par la spéculation et la cupidité conjuguée à la corruption, provoquent à une fréquence accélérée des crises avec des conséquences économiques et sociales d’une ampleur croissante, crises d’autant plus graves que l’économie est mondialisée.

Au-delà de toute idéologie, la crise de 2008 est d'abord le résultat d’une faillite intellectuelle majeure de "spécialistes" du modèle néolibéral anglo-saxon qui soutenaient, et continuent de soutenir, contre toute évidence, l’infaillibilité du dogme de « l’autorégulation du marché ». Le fameux « Laisser faire » des politiques néolibérales appliquées depuis 1971, (Nixon, Reagan, Thatcher). Cette politique consiste à réduire ou à supprimer la régulation de l’économie avec pour objectif de favoriser la concurrence en s'appuyant sur le postulat d'une « dynamique naturelle » des marchés et de « leur capacité d'autorégulation » (le fameux dogme de « l’autorégulation du marché »).

Or, la réalité est toute autre, c’est même exactement le contraire qui se produit, le « marché » est incapable de s’autoréguler, il s’autodétruit du fait même de la déréglementation, de la spéculation et de la corruption, il provoque la désindustrialisation de secteurs entiers de l’économie avec pour conséquence la destruction de millions d’emplois et l’appauvrissement de populations entières en Europe et dans le monde entier, la crise actuelle en est la démonstration, évidente.

Cette crise est la conséquence de la déroute d'un système économique que nous avons accepté et souvent soutenu parce qu’il nous paraissait moderne, infaillible et enrichissant (pour moins d’un pourcent de la population mondiale). En réalité ce système économique n’est ni moderne ni infaillible, il est au contraire archaïque, faillible et ruineux pour 99% de l’humanité.

Tellement fascinés par l’appât du gain, les acteurs économiques ont oublié le principe de base d’une économie saine : la création et le partage des richesses.

Tirer les leçons de la crise

Une sortie de crise « durable » implique des changements radicaux, il est urgent de revenir à des pratiques économiques saines et sincères conformes au droit et à l’éthique.

Pour l’Amérique, un plan d’une ampleur très supérieure au New Deal de Roosevelt, pour l’Europe, une construction politique lui permettra de se doter de l’indispensable capacité de gouvernance économique, l’euro ayant permis, dans un premier temps, d’éviter le pire.

AU NIVEAU MONDIAL

Promouvoir, sous l’égide de l’ONU, un Haut-Commissariat à l’Economie (UNHCE) qui devra se substituer à l’OMC (Organisation mondiale du commerce). UNHCE sera chargé de mettre en place une gouvernance mondiale de l’économie incluant dans un système multilatéral tous les pays émergents, notamment la Chine, l’Inde et le Brésil. En quelque sorte un super "Bretton Woods", sans commune mesure avec un G8 ou un G20.

Les mesures prioritaires à prendre d’urgence, concernent essentiellement la monnaie :

Rétablir la parité fixe des monnaies dans le même esprit que la conférence de Bretton Woods en 1944.

Dette mondiale : L’énormité de la dette mondiale tourne à l’absurde, elle est estimée à plus de 46.000 milliards de dollars et aucun pays au monde n’est en mesure de rembourser sa dette avant plusieurs siècles ! Il suffit de faire le calcul pour la France avec une dette de 1688 milliards d’euros au rythme actuel du remboursement du capital il faudra deux siècles pour y arriver… Ceci sans tenir compte des 50 milliards d’intérêt que nous devons payer chaque année et le fait que nous continuons d’emprunter en permanence pour faire les fins du mois… L’effacement de la dette mondiale, la « remise à zéro de tous les compteurs » est la seule possibilité de rétablir durablement les finances de tous les Etats, A CONDITION d’établir de nouvelles règles afin de ne pas se trouver à nouveau dans 10 ou 20 ans dans la même situation.

 Questions sur la dette mondiale : Qui serait lésé par une « remise à zéro de tous les compteurs » ? Cet argent existe-t-il ou est-ce une monnaie virtuelle ?

AU NIVEAU EUROPÉEN ET NATIONAL

Rétablir la possibilité pour les Etats, d’emprunter, sans intérêt, à leur propre Banque Centrale, comme avant 1973.

Séparer les banques de détail des banques d'investissement. Exemple à suivre : LONDRES, 19 décembre 2011 (Reuters) - La Grande-Bretagne a adopté lundi un ensemble de dispositions en vertu desquelles les banques devront bien séparer leur activité de banque de détail et de banque d'investissement afin de mieux protéger leur clientèle dans l'éventualité de nouvelles crises.

L’Etat devra prendre obligatoirement le contrôle des banques qui font appel à l’argent public par une minorité de blocage et nationaliser les banques dont la participation de l’Etat dépasse 50 % du capital.

Moraliser et rétablir la bourse dans son seul rôle ; financement de l’économie réelle, c'est-à-dire les entreprises de production génératrices de richesses.

Taxer toutes les transactions financières y compris les micros transactions à un taux sensible qui ne sera pas inférieur à 1,5%¨du montant de la transaction.

Réserver l’accès à la bourse aux professionnels accrédités par l'Autorité des marchés financiers (AMF). Personnes physiques, résidentes et en mesure de présenter une garantie de solvabilité suffisante pour couvrir sans crédit leur opérations de bourse.

Interdire le « Trading » de haute fréquence. Plus de 70% des actions échangées sur les marchés sont traitées instantanément en quelques nanosecondes (milliardième de seconde), nuit et jour dans le monde entier par des systèmes de spéculation automatique à haute fréquence (High Frequency Trading) ultrasophistiqués qui « travaillent » sans pratiquement aucun contrôle humain. Le Figaro 30/05/2011 : Le gendarme de la Bourse n'en doute pas: le trading de haute fréquence, cette pratique qui consiste à envoyer des millions d'ordres de Bourse à la vitesse de l'éclair grâce à des ordinateurs ultra puissants, doit être réglementé. «Le trading de haute fréquence doit impérativement être encadré au niveau européen. C'est un sujet de préoccupation majeure pour les régulateurs», prévient le secrétaire général de l'Autorité des marchés financiers (AMF), Thierry Francq, qui présentait lundi l'édition 2011 du rapport des risques et tendances sur les marchés financiers et pour l'épargne.

Interdire la spéculation sur les matières premières et agricoles. Qu’il y ait des échanges sur les marchés de matières premières à des fins commerciales peut sembler légitime et même normal, mais quand il s’agit de spéculer en générant artificiellement la pénurie des produits agricoles tel que le riz, le maïs ou le blé et ainsi provoquer la famine, c’est tout simplement criminel ; toutes les cinq secondes, un enfant de moins de dix ans meurt de faim. Près d’un milliard d’êtres humains sont gravement sous-alimentés.

RE INDUSTRIALISER

Avant toute chose, ce qui parait évident pour un esprit sain, il s’agit d’abord de redémarrer le moteur économique en créant à nouveau des richesses dans notre pays.

La « solution » n’est pas seulement financière, il faut d’abord arrêter l’hémorragie dont souffre la France qui perd 1000 emplois PAR JOUR.

 Avec près de 900 usines fermées et 100.000 emplois industriels détruits en France au cours des trois dernières années, la situation est telle que nous devons considérer la ré industrialisation comme une urgence absolue. Si nous ne voulons pas devenir un pays en voie de sous-développement, il faut à nouveau produire en France pour créer de la richesse et des emplois.

Il est vital pour notre économie de ré équilibrer notre balance des paiements. Le différentiel de prix des produits importés de l’autre bout de la planète masque une réalité ; chaque produit importé, coute beaucoup plus cher que son prix apparent. Il convient en effet d’ajouter tous les coûts induits de l’importation, du transport et du bilan carbone, mais surtout le coût social et fiscal lié à la destruction des emplois correspondants aux produits qui pourraient être fabriqués en France :

Pour « l’économie verte » (liste non exhaustive) : Batteries, Matériels électrotechniques, Engins de travaux publics, Eoliennes, Machines-outils, Panneaux photovoltaïques, Kits solaires, Véhicules électriques …)

Pour les produits industriels à ré implanter ou à revitaliser (liste non exhaustive) : Ameublement, Biotechnologie, Bois, Chaussure, Chimie, Composants électroniques, Construction navale, Cuir, Cycles et motocycles, Electroménager, Emballage, Equipements de sport, Equipement sous pression, Équipements radios et télévisuels, Imprimerie, Informatique, Internet Très Haut Débit, Jouets, Matériel médical, Mécanique, Métallurgie, Métrologie, Nanotechnologie, Optique, Outillage, Papier, Photographie, produits d’extraction minière, Textiles et vêtements…

Création d’un grand ministère de la ré industrialisation avec la mise en place d’un Plan quinquennal élaboré en coopération avec le Conseil Economique, Social et Environnemental. A situation de crise grave, solution de guerre : Affirmer notre volonté forte d’accompagner la réalisation effective de la ré industrialisation par des mesures attractives sur le plan fiscal, réglementaire et conventionnel, par la création de zones franches pour les industries prioritaires, sur tout le territoire avec un suivi en temps réel de l’avancement avec la coopération des collectivités locales.

Le financement devra être inscrit au budget au titre de la RECONSTRUCTION INDUSTRIELLE DE LA FRANCE, sans augmentation du budget, par prélèvement de 5%  sur les recettes de l’Etat soit 13,55 milliards (loi des finances 2011) et 0,5 point sur la TVA normale soit 3,4 milliards (le point de TVA normale est de 6,8 milliard en 2011) soit au total 16,95 milliards par an pour la reconstruction industrielle, soit 84,75 milliards d’euros + (même si cela doit fâcher les sénateurs) le remboursement des excédents budgétaires indument accumulés par le Sénat C.à.d. 1,4 milliards d’euros, soit 86.15 milliards d’euros pour le premier plan quinquennal 2015 -2020.

LE CHANGEMENT C’EST AGIR MAINTENANT

Nous sommes en guerre pour la survie de notre Nation et l’indépendance de la France, nous devons avoir une véritable stratégie de guerre, un plan très ambitieux. Pour cela il faut sortir des recettes toutes faites, des multiples plans timorés et des aides saupoudrés au petit bonheur. Laissons à l’ENA le soin de former des hauts fonctionnaires et des préfets pour une administration de qualité, c’est son rôle, elle le fait très bien, mais redonnons LE POUVOIR AUX INGENIEURS qui sortent de nos meilleures écoles, les meilleures au monde, ce sont les généraux et les officiers dont nous avons besoin pour gagner cette guerre économique et industrielle.

L'économie américaine crée plus de 200 000 emplois par MOIS en moyenne (Le Monde Eco & ENTREPRISE 10 nov.2013)

En France, il est parfaitement possible de créer ex nihilo plus de 100 000 emplois industriels directs par an (ce qui équivaut à la création de 400.000 emplois nets par an).

OPÉRATION COLBERT

Contrôleur général des finances, autrement dit ministre des Finances, Jean-Baptiste Colbert (1619-1683), avait une idée fixe : remplir les caisses de l’Etat. Sa recette ? L’intervention sans complexe de l’État dans l’économie. L’État se doit d’impulser, stimuler, prévoir, organiser. Pour favoriser le développement économique du pays, il crée ou se fait le promoteur des « manufactures royales ». Les verreries de Saint-Gobain, la manufacture des Gobelins, des manufactures voient le jour pour l’équipement des armées (chantiers navals, fabriques de poudre à canon…). Colbert ne veut cependant pas substituer définitivement la puissance publique aux entrepreneurs. L’intervention de l’État colbertien n’est que temporaire. Cette impulsion, destinée à stimuler l’économie, doit être relayée par des capitaux privés, car l’État n’a pas vocation à rester éternellement actionnaire. Les adeptes de l’intervention de l’Etat dans l’économie se sont souvent inspirés de la doctrine interventionniste de Colbert. C’est le cas de l’important service public industriel qui se constitue à la Libération : ainsi Charbonnages de France devient avec la nouvelle EDF le fer de lance de la politique énergétique Française ; le Plan Calcul (1967) avec la création de la CII (Compagnie internationale pour l’informatique) pour tenter de préserver l’indépendance française en matière d’informatique ; la création en 1961 du CNES (Centre national d’études spatiales) pour engager la France dans la conquête de l’espace. L’exemple de Colbert reste d’une étonnante modernité et d’une brulante actualité.

C’est dans cet esprit qu’il convient que l’État agisse, impulse, stimule, prévoie, et organise, pour le plus grand bien de l’économie française, la création de Grandes Manufactures Nationales (consortiums avec les industriels concernés), implantées en priorité dans les régions sinistrées les plus pauvres de France. Le capital sera réparti entre l’Etat (30%), la Région (30%) et l’Epargne privée (40%).

Le financement des Manufactures Nationales devrait s’inscrire dans le plan quinquennal de RECONSTRUCTION INDUSTRIELLE de la France. On n’attrape pas des mouches avec du vinaigre ; attirer l’épargne financière française vers le capital des Manufactures Nationales grâce à une stratégie très attractive ; garantie de l’Etat, intérêts valorisés au double du livret A. C’est de bonne politique de récompenser les fourmis plutôt que de les dépouiller.

Chaque Manufacture Nationale sera spécialisée dans la production d’une gamme de produits stratégiques qui DOIVENT être fabriqués en France (voir la liste plus haut). Partout où le « savoir-faire » a disparu, exemple l’optique et la moto, fabrication sous licence des meilleurs produits mondiaux.

Accompagner la production nationale par une politique d’importation ciblée ; obligation pour les importateur en situation de monopole d’assembler en France 50% de leurs produits vendus en France.

Adapter la législation européenne et celle de l’OMC à l’exception française ; priorité à la sauvegarde des intérêts vitaux français.

CONCLUSION

Le changement c’est AGIR maintenant, avant qu’il ne soit trop tard ; rediriger une partie de l’épargne financière française (1624 milliards d’euros en 2012) vers la production industrielle créatrice d’emplois, pour plus de recettes fiscales grâce à une nouvelle production industrielle et moins de dette grâce à une balance commerciale équilibrée.

Claude Mauriange 22 octobre 2014

Extraits de :
« Au pied du mur », 27 octobre 2013
« Tirer les leçons de la crise … » 1er janvier 2012
 « La crise finale » 19 février 2009
de la Méthode CLARA (CLarifier, Analyser, Réfléchir, Agir) 2008

Jean-Baptiste Colbert (1619-1683)

Jean-Baptiste Colbert né le 29 août 1619 à Reims, mort le 6 septembre 1683 à Paris, est un des principaux ministres de Louis XIV. Contrôleur général des finances de 1665 à 1683, secrétaire d'État de la Maison du roi et secrétaire d'État de la Marine de 1669 à 1683.
Il entre au service du roi à la mort de son protecteur Mazarin, incite Louis XIV à disgracier son rival Nicolas Fouquet. Inspirateur et promoteur d'une politique économique interventionniste et mercantiliste (ultérieurement désignée sous le vocable de colbertisme), il favorise le développement du commerce et de l'industrie en France par la création de fabriques et monopoles royaux, étatiques. Il prépare le Code noir, relatif à l'administration de l'esclavage dans les colonies.
Colbert passe pour s'être inspiré des idées de Barthélemy de Laffemas, économiste et conseiller d'Henri IV1 ; Laffemas avait en particulier développé le commerce colonial et l'industrie textile, les deux secteurs auxquels Colbert s'est particulièrement consacré, avec la gestion des finances publiques, pour devenir à son tour l'éminence grise du royaume.